Et si le bruit n'était pas le seul responsable de la perte auditive au travail ?

Et si le bruit n'était pas le seul responsable de la perte auditive au travail ?


Et si le bruit n'était pas le seul responsable de la perte auditive au travail ? 

Les solvants peuvent également altérer l’audition

Dans un atelier bruyant, le risque auditif est généralement associé au niveau sonore. Pourtant, certaines expositions chimiques peuvent également contribuer à l’apparition de troubles de l’audition. Que se passe-t-il lorsqu’un salarié est exposé simultanément au bruit et à des solvants industriels ?  

En effet, certains produits chimiques sont ototoxiques : ils peuvent endommager l'oreille interne, seuls ou en renforçant les effets du bruit. C'est un sujet bien connu des médecins du travail, mais rarement traité dans les services HSE. 

 

Quelles sont les principales substances ototoxiques ?  

Parmi les plus courantes dans l'industrie : 

Substance  Dans quel produit trouve-t-on cette substance ? 
Toluène  Peintures, vernis, encres et agents dégraissants 
Styrène Fabrication de résines renforcées à la fibre de verre (composites polyester stratifiés) 
Xylène, éthylbenzène Solvants, peintures, diluants 
Autres (n-hexane, trichloroéthylène, disulfure de carbone…)  Dégraissage, colles, nettoyage, procédés chimiques 
Autres agents  Monoxyde de carbone, acide cyanhydrique, certains métaux (plomb, mercure) 

En France, l’exposition aux agents chimiques reste une réalité majeure du monde du travail : selon l’enquête nationale SUMER 2017, un salarié sur trois est exposé à au moins un produit chimique et près de 2,8 millions de travailleurs sont exposés à un agent chimique cancérogène. Les solvants industriels tels que le toluène, le styrène, le xylène ou certains solvants chlorés figurent parmi les substances les plus couramment rencontrées dans l’industrie. 

Source : DARES, Focus n° 36, « Les expositions des salariés aux produits chimiques cancérogènes », juin 2023, d'après l'enquête Sumer 2017 — dares.travail-emploi.gouv.fr, et INRS, « CMR : agents chimiques »inrs.fr/risques/cmr-agents-chimiques.html 

  

Comment les solvants et le bruit agissent-ils sur le système auditif ? 

Les effets du bruit et des solvants sur l'audition reposent sur des mécanismes biologiques différents mais potentiellement complémentaires : 

  • Le bruit altère mécaniquement les cellules sensorielles de l'oreille interne  
  • Certains solvants peuvent endommager les cellules ciliées externes par des mécanismes toxiques ; 
  • Plusieurs substances sont également susceptibles d'affecter certaines voies nerveuses impliquées dans le traitement du signal auditif. 

Dans certaines situations, cette double exposition peut conduire à une aggravation des atteintes auditives observées. 

Résultat : l'INRS parle d'un risque réel de potentialisation des effets du bruit par les solvants et indique que chez le rat, l'exposition combinée au styrène et au bruit provoque des pertes auditives supérieures à la somme de celles induites par chaque agent seul. INRS 

Chez l'homme, les données sont plus rares mais une étude polonaise a cependant montré qu'un groupe exposé au styrène a cinq fois plus de risque de devenir sourd qu'un groupe non exposé, et qu'en cas d'exposition combinée bruit + solvant, ce risque était multiplié par onze. (P. Campo, INRS, lors de la conférence Mixed-expo 2012) 

Point important pour les préventeurs : l’INRS indique également que des effets interactifs ont été observés chez le rat à un niveau de bruit relativement faible (85 dBA) associé à du styrène. Le bruit modéré d'un atelier « juste sous les seuils » peut donc devenir problématique en présence de solvants. 

  

Pourquoi ce risque reste-t-il sous-estimé dans les entreprises ? 

  1. Le bruit et la chimie sont mesurés séparément. Dans les bases de données de mesures françaises, les mesures de bruit n'ont pas été réalisées en même temps que celles d'exposition aux produits chimiques.  
  1. L'étiquetage est limité. Seuls le styrène et l'éthylbenzène sont classés H372/H373 pour leurs effets sur l'appareil auditif. Un HSE qui ne regarde que la classification peut passer à côté du toluène, pourtant reconnu ototoxique. 
  1. La mention « Bruit » est rare. Seul le styrène fait actuellement l'objet d'une mention « Bruit » associée à sa valeur limite d'exposition.  
  1. L'audiogramme ne dit pas la cause. Il ne fournit pas de signature permettant d'affirmer que la surdité est due aux solvants et pas seulement au bruit. Les solvants potentialisent notamment la perte sur les fréquences conversationnelles, là où l'on perçoit la voix.  
  1. Les risques sont traités en silos : le bruit d'un côté, le risque chimique de l'autre, souvent par des personnes différentes. 

 

Que dit la règlementation ? 

Ce que dit le Code du travail 

Le Code du travail impose de prendre en compte les interactions entre le bruit et les substances toxiques pour l'ouïe dans l'évaluation des risques professionnels. 

L'article R.4433-5 impose à l'employeur de prendre en considération, lors de l'évaluation des risques, toute incidence sur la santé et la sécurité des travailleurs résultant d'interactions entre le bruit et des substances toxiques pour l'ouïe d'origine professionnelle. Cette interaction devrait donc figurer dans votre DUERP. 

Ce que dit la fiche de données de sécurité (FDS) 

Le fournisseur d'un produit chimique a l'obligation de transmettre une FDS pour toute substance dangereuse. Deux rubriques sont particulièrement utiles pour ce sujet : 

  • Rubrique 8 : contrôle de l'exposition / protection individuelle — elle doit indiquer la VLEP et ses mentions (peau, bruit). 
  • Rubrique 11 : informations toxicologiques — c'est là que les effets ototoxiques, quand ils sont documentés, doivent apparaître. 

Ce sont ces deux rubriques qu'un HSE doit croiser avec sa cartographie du bruit, plutôt que de se fier seulement à l'étiquette du produit   

Source : règlement REACH et guide INRS sur les fiches de données de sécurité 

 

Pourquoi la protection auditive sur mesure a un rôle à jouer ? 

Dans les situations de co-exposition au bruit et aux solvants, l'efficacité de la protection auditive dépend non seulement de son niveau d'atténuation, mais aussi de son port continu et de son ajustement réel à l'utilisateur. 

Chez Earow, la protection auditive est conçue de manière personnalisée pour l'oreille de chaque opérateur.

Nos protections sur mesure sont moulées directement sur le conduit auditif. 

Ce qu'apporte une protection moulée sur le conduit de l'opérateur : 

  • Une adaptation à l'oreille de chaque personne. La géométrie du conduit auditif étant propre à chaque individu, une protection moulée favorise la reproductibilité du positionnement et contribue à réduire la variabilité des performances liée à la mise en place. 
  • Une compatibilité avec le reste de l'équipement. Rien ne dépasse de l'oreille : le masque, les lunettes et le casque se portent sans interférence. 
  • Un confort qui favorise le port continu. Pas de pression sur la tête, pas de chaleur supplémentaire, ce qui compte dans les ateliers chauds ou lors de longues séquences de travail. 
  • Une atténuation vérifiable. Elle peut être contrôlée pour chaque opérateur, ce qui permet de s'assurer que la protection fait effectivement son travail et pas seulement qu'elle est portée. 
  • Un choix de filtre adapté au poste. Il permet de garder la parole et les signaux d'alerte audibles tout en réduisant le bruit nocif.  

Avec une protection moulée, chacun dispose d'un équipement adapté à son oreille, qui reste en place sous les autres EPI. 

 

Qui est concerné ?  

Certains environnements de travail cumulent naturellement les deux facteurs de risque : un niveau sonore élevé et une exposition à des solvants ototoxiques. Ces situations méritent une vigilance particulière : 

  • Ateliers de peinture, où les solvants côtoient souvent des machines bruyantes (compresseurs, cabines de projection) ; 
  • Composites polyester, où le styrène est omniprésent lors du moulage et de la stratification ; 
  • Activités d'impression, exposées au toluène et à d'autres solvants aromatiques ; 
  • Dégraissage industriel, souvent réalisé à proximité de lignes de production bruyantes ; 
  • Fabrication de pièces plastiques, où l'injection et la finition combinent bruit machine et émanations chimiques ; 
  • Maintenance utilisant des solvants, où les interventions se déroulent fréquemment dans des zones déjà classées à risque bruit. 

Dans ces environnements, l'exposition au bruit et l'exposition chimique concernent bien souvent les mêmes postes, et donc les mêmes opérateurs. 

 

En conclusion 

Le bruit reste, à juste titre, au cœur des politiques de prévention. Mais sur certains postes, il n'agit pas seul : les solvants ototoxiques comme le styrène ou le toluène peuvent aggraver la perte auditive, parfois même à des niveaux sonores en dessous des seuils réglementaires habituels. 

Ce risque n'est pourtant pas une fatalité invisible. Il est documenté, réglementé, et surtout localisable : il suffit de croiser deux cartographies que l'on regarde rarement ensemble — celle du bruit et celle des produits chimiques — pour identifier les postes où l'attention doit redoubler. 

Trois réflexes suffisent pour commencer : 

  1. Croiser vos données, poste par poste, entre exposition sonore et fiches de données de sécurité. 
  1. Faire remonter ces postes co-exposés dans le DUERP et auprès du médecin du travail. 
  1. Adapter la protection auditive à ces situations spécifiques : un port continu et une atténuation fiable comptent double quand le bruit n'est plus le seul facteur en jeu. 

Sur ces postes, chaque décibel évité — et chaque minute de protection réellement portée — a un poids plus important qu'ailleurs

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